VicoSanFelice est un groupe de musiques du Sud de l'Italie, qui propose des compositions originales inspirées par la tradition populaire italienne et par des sonorités du monde entier.

Des tammourriate et des tarentelles métissées aux sonorités qui sillonnent les routes de la musique du monde arabe jusqu'aux pulsations rythmiques du blues et du rock.

Le projet musical de Gianluca Campanino tire son nom du lieu où il est né et où il a grandi : Vico Sanfelice, une ruelle cachée dans le dédale des rues de la Sanità, ce fameux quartier populaire qui s'élève au pied de la colline de Capodimonte, dans le ventre de Naples, à deux pas du coeur historique de la ville. Un espace mystérieux et ancien, parcouru de souterrains creusés dans le tuf, encerclé des premières enceintes de la ville où une épaisse trame d'ombres et de lumières se dessine dans le va-et-vient continu des passants et des scooters, alors que des éclats de voix et des conversations à voix basse, des promesses d'amour et des menaces de mort, se mêlent et succèdent aux silences profonds de la sieste et de la nuit.

 

Le travail de Gianluca Campanino fusionne les nombreuses âmes de la ville, croisant les fils des différentes traditions musicales qui composent une culture extraordinairement riche et complexe : entre ancien et moderne, entre expérimentation et transmission. Voilà alors que la tradition orale des chants et des danses populaires sacrés et profanes rencontre la tradition historique de la musique savante transmise par les maîtres de choeur et d'orchestre dans les nombreux conservatoires de la ville, à partir du XVII siècle. C'est pourquoi la ruelle, le Vico Sanfelice, n'est pas un monde isolé du contexte urbain, mais plutôt une artère certes minuscule mais oh combien vitale, qui contribue à donner sa sève au coeur de la ville.

 

Cette culture musicale tire sa force de son inexorable capacité à se reproduire sous des formes toujours plus ouvertes à de nouvelles rencontres et à de nouvelles expérimentations sonores. D'un côté l'ancien : les mélodies simples et poignantes du chant traditionnel de ce peuple de paysans et de marins, les danses rituelles aux rythmes pressants, obsessionnels et joyeux de la tammurriata et de la tarentelle, ceux plus allusifs et syncopés de la villanella et de la moresca, de l'autre côté l'unité stylistique raffinée de la tradition savante, de la musique écrite et transmise dans les conservatoires, de l'opéra bouffe, de la romance de salon. Toutes convergent dans la chanson classique napolitaine qui fleurit entre le XIX et le XX siécle et rayonne à travers le monde. A ces genres et formes musicaux s'ajoutent dans des temps plus récents les influences de la musique afro-américaine du blues, du jazz et du rock, arrivés à Naples après l'occupation américaine, dans la seconde moitié du XXème siècle, de Renato Carosone à Pino Daniele.

 

Ce n'est pas par hasard si le Vico San Felice donne sur la rue où se trouve un des palais les plus représentatifs de Naples : le somptueux et élégant palais projeté au XVIIIème siècle par l'architecte Ferdinando Sanfelice. Un lieu magique qui a inspiré l'imaginaire des plus grands dramaturges de la deuxième moitié du XXème siècle : Eduardo De Filippo y situa l'adaptation cinématographique de la très célèbre comédie Sacré fantôme (1954), et Roberto De Simone le choisit comme décors pour le non moins célèbre conte en musique La Gatta Cenerentola (1976); Le palais est en somme le lieu symbolique de la transversalité musicale napolitaine : le peuple (serviteurs et artisans) habite les “bassi” (situés au rez-de-chaussée et au sous-sol), l'aristocratie occupe la partie centrale (l'étage noble), et la bourgeoisie occupe les étages supérieurs. Ainsi pendant des siècles les différentes classes sociales ont vécu les unes au contact des autres, choisissant le dialecte non seulement comme langue de comunication mais aussi comme langage poétique tellement riche de registres et de nuances, capable de véhiculer de façon si efficace la synthèse entre paroles et musique.

 

Les compositions comme Vico San Felice, Mare, ‘A via d’e pasture, Je canto, ‘O barcone, Tarantella battente, et tant d'autres, s'inspirent de ce contexte, de ce sentiment où se mêlent l'amour pour sa propre terre et le désir d'ailleurs. Gianluca Campanino, avec Pasquale Nocerino et Francesco Manna, a composé et joué à Naples ses chansons à partir de 2005. A Paris, où il vit depuis 2013, il continue son parcours, faisant circuler la musique entre recherche, tradition et ouverture internationale, parcours qui l'a mené à la fondation du groupe Vicosanfelice.

 

Nunzio Ruggiero

Université Suor Orsola Benincasa, Naples